lundi 20 février 2017

Je est une autre, Suzanne Aubry


« Qui n'a jamais menti par nécessité, pour se protéger soi-même ou pour protéger quelqu'un d'autre ? Qui n'a jamais eu de secrets ou caché une chose inavouable, à tout le moins à ses propres yeux ? Voici l'histoire de ces mensonges, de ces secrets. Je ne vous demande ni votre indulgence, ni votre compassion. Peut-être seulement de lire mon récit jusqu'au bout avant de porter un jugement sur ce qui a fait de moi un personnage de l'ombre, dont l'identité, déjà fragile, s'est peu à peu dissoute dans un tissu de demi-vérités et de vrais mensonges. »

C'est sur ces mots qu’Anaïs, personnage principal, nous invite à la suivre tout au long de son parcours qui va la mener sur des chemins plein d’embûches entre vérités, mensonges, non-dits, abandons, amour et espoir.  Mais ces ennuis qui traversent sa route ne cessent de lui gâcher la vie. Sans emploi, une relation qui lui gruge et le cœur et l’argent, enceinte, elle va accepter, non sans regrets, de devenir auteure fantôme pour le compte de Patricia M, célèbre scénariste/ productrice.

Dès le début, le personnage d’Anaïs m’a plu. Ce qu’elle vit n’est pas facile. Malchanceuse, renfermée sur elle-même, elle s’éloigne et renonce à bien des choses ne souhaitant blesser personne et de ne pas faire de vagues. Elle est désespérée et ne sait pas comment se sortir de tout ça. Alors elle prend le risque de ne plus être qui elle est vraiment; elle va être une autre..

C’est rassurant de se réfugier derrière quelqu’un d’autre. Comme si on échappait à soi-même.

Mais tout semble passer inaperçu jusqu’au jour où elle va se retrouver prise dans un imbroglio lors d’un voyage à Cannes.

Je n’ai pas détesté lire ce dernier ouvrage de l’auteure mais j’avoue que je lui ai préféré de beaucoup Ma vie entre tes mains. Bien sûr on en apprend sur le métier de scénariste, sur celui d’écrivain fantôme et aussi sur ce que peuvent ressentir un(e), auteur(e) en attente d’une réponse positive d’un éditeur suite à l’envoi de son manuscrit. Des détails très intéressants mais malheureusement à la moitié du roman, j’ai deviné facilement la tournure qu’allait prendre la suite de l’histoire.  Mais cette petite déception s’oublie vite car l’écriture de l’auteure est belle et on ressent sa passion pour l’écrit à travers ses mots ce qui fait que malgré quelques bémols, avec Je est une autre, elle nous offre une agréable lecture.

Je est une autre, Suzanne Aubry
Libre expression 2017

Merci aux Éditions Libre expression et à Marie-Josée Martel

Autre roman de l'auteure sur ce blogue: 
Ma vie entre tes mains

jeudi 16 février 2017

La loterie, Miles Hyman


Dans un village de la Nouvelle-Angleterre, chaque année, au mois de juin, on organise la Loterie, un rituel immuable, où il est moins question de ce que l'on gagne que de ce que l'on risque de perdre à jamais.

Et à tous les 27 juin, année après année, chaque habitant de cette petite bourgade d’à peine 300 âmes, des enfants aux personnes âgées, se réunissent dans le centre du village afin de participer à cette loterie. Un événement annuel obligatoire mais certains/ certaines commencent à être moins fébriles face à ce ''tirage'' que d’autres attendent  impatiemment. Mais quelle est cette loterie? Quel est l’enjeu d’un tel rituel?  Que gagne-t-on?

Intrigante cette adaptation d’une nouvelle écrite par Shirley Jackson, grand-mère de Miles Hyman. Intrigante et troublante à la fois car plus on avance dans l’histoire, plus la tension monte en crescendo jusqu’à la finale plus que saisissante et laissez-moi vous dire que les dessins de Hyman sont une réussite totale. Peu de mots accompagnent ceux-ci car l’illustrateur a plutôt choisi de laisser parler son coup de crayon et le résultat est superbe. Un talent incroyable que celui de Hyman. Chaque planche est une peinture en soi et ce qu’on y voit reflète parfaitement l’atmosphère autour des personnages de cette histoire.

En conclusion, je me permets de vous conseiller de lire cette BD. Un objet magnifique dans lequel on retrouve un récit original, intense menant vers une finale percutante croyez-moi.

N.B. Miles Hyman a eu l’excellente idée d’ajouter à la fin de sa BD, l’histoire de cette nouvelle qui, dès sa publication dans Le New Yorker en 1948, a fait scandale aux États-Unis.



Dessins: Miles Hyman

La Loterie, Miles Hyman d'après Shirley Jackson
Casterman,  2016

dimanche 12 février 2017

Jeux de miroirs, E. O. Chirovici


Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé "Jeux de miroirs" qui l'intrigue immédiatement. En effet, l'un des personnages n'est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fin des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ?  Persuadé d'avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l'intrigue, l'agent tente d'en savoir plus. Mais l'auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu'à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d'investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d'un maelström de fausses pistes. Et si la vérité n'était qu'une histoire parmi d'autres ?

Mon avis
Que voilà un résumé qui m’a mise l’eau à la bouche et dès réception de ce roman,  j’ai décidé de le lire sans qu’il n’ait à passer par ma pile à lire.

Dès le début j’ai été immédiatement prise par la teneur de ce fameux manuscrit reçu par l’agent littéraire Peter Katz et j’ai tourné les pages avec avidité.  Cependant, passé environ le tiers de l’ouvrage, ma fébrilité a commencé à décliner.  Habituellement j’aime bien ce genre d’histoire à plusieurs narrateurs mais dans Jeux de miroirs, j’ai trouvé qu’il y avait trop de ressemblances entre les points de vue de chacun. Pas assez de personnalité propre à chacun en fait et cette façon de faire n’a apporté rien de nouveau au déroulement de l’intrigue et c’est décevant.

Pourtant, la base même de cette histoire semblait prometteuse avec ce fait divers, l’assassinat d’un éminent psychologue dont les travaux sur la manipulation de la mémoire en intéressaient plus d’un, sujet très peu exploité malheureusement ce qui, selon moi, aurait ajouté au suspens. Mais attention, Jeux de miroirs a aussi ses côtés positifs et n’est pas pour autant dénué d’intérêt. Ce roman se lit facilement et contient des rebondissements qui titillent la curiosité.

Finalement, j'ai peut-être eu trop d'attentes envers ce livre qu'on annonçait comme ''le roman événement'' mais malgré tout, malgré quelques déceptions, ce thriller m'a fait passer un agréable moment de lecture.

Jeux de miroirs, E.O. Chirovici
Les Escales, 2017
Merci aux éditions Les Escales et à Interforum Canada

samedi 11 février 2017

Ma PÀL prend du poids!


Libre expression

Alors que sa carrière est sur le point de prendre son envol, Catherine Chamberland revoit par hasard son grand amour perdu : l'ex-ministre vedette Max Belfond. Ce dernier lui offre une enveloppe dont le contenu mystérieux lui permettra d'ouvrir toutes les portes de la société et d'accéder à une vie plus facile. 
Catherine doit composer à la fois avec ce cadeau, le souvenir de cette passion dévorante et les crises à gérer dans son cabinet de relations publiques, tout en tentant de préserver sa vie de mère et de femme mariée.  Y aura-t-il un prix à payer pour avoir voulu profiter du contenu de l'enveloppe ?

Après avoir lu Sans Antécédents et La sorcière du palais de l'auteure,  j'avais hâte de lire à nouveau les mots de Sophie Bérubé.

Éditions Pierre Tyssere

Mai 2018. À l’Anse-aux-Sarcelles, entre Berthier-sur-Mer et Montmagny, le Saint-Laurent pétille de lumière matinale. Sur sa bicyclette, la biologiste Amélie Breton file vers la rive pour commencer sa journée. La découverte qu’elle est sur le point d’y faire va plonger le Québec dans une des pires crises politiques de son histoire…

Ce que j'ai lu de Daniel Lessard jusqu'à présent m'a apporté de bons moments de lecture.

Actes Sud
Un réparateur de chaudières dans une petite ville du New Hampshire abandonne son quotidien misérable et part en Floride avec sa famille, attiré par un nouvel avatar du rêve américain. 
A plusieurs milliers de kilomètres de là, une jeune Haïtienne fuit la violence et la pauvreté de son pays natal pour rejoindre l’Amérique... de ses rêves. 
Les deux destins finiront par se croiser dans cet ample roman sur l’errance et l’injustice dont Marc Chénetier (le traducteur) dit que « l’histoire y est, d’entrée, vue de très haut, à l’aune des temps géologiques et des mouvements climatiques ».

Ah monsieur Banks, il me tarde déjà de découvrir la dérive de ces continents...

lundi 6 février 2017

Le plongeur, Stéphane Larue


Nous sommes à Montréal au début de l’hiver 2002. Le narrateur n’a pas vingt ans. Il aime Clive Barker et Lovecraft, le métal, les comic books et les romans de science-fiction des années soixante et soixante-dix que lui prête son père. Étudiant en graphisme, il dessine depuis toujours et veut devenir bédéiste et illustrateur, comme ses idoles Moebius et Tibor Csernus. Mais depuis des mois, il évite ses amis, ment, s’endette, aspiré dans une spirale qui menace d’engouffrer sa vie entière : c’est un joueur. Il joue aux loteries vidéo et tout son argent y passe, de même que celui qu’il emprunte à sa copine Marie-Lou et à son cousin Malik. L’hiver installé, il se retrouve à bout de ressources, sans appartement. […]

Mon avis
J’ai lu ce roman presque d’une traite tellement sa lecture m’a captivée. Peut-être que ce que raconte le narrateur, son parcours à travers les méandres du jeu compulsif et son boulot de plongeur entre les murs d’une cuisine d’un restaurant m’ont ramenée à mes propres souvenirs. J’ai aussi connu la dépendance du jeu et ses mauvais côtés mais je n’ai pas été plongeuse. Cependant, j’ai tout fait pour m’en sortir avec réussite alors dès les premières lignes de ce roman, l’histoire des déboires du jeune Stéphane et le fait de savoir par quels moyens il réussirait à se sortir de tous ses ennuis si c’était le cas, ont titillé ma curiosité.

Et laissez-moi vous dire que Le plongeur est un sacré bon roman. Partant des problèmes de jeux de notre héros, l’auteur nous mène à travers un monde peu connu : celui de la restauration. Un milieu peuplé de gens de tous milieux pour qui ce dur métier, mal payé, leur apporte à peine de quoi vivre en attendant d’autres avenues pour plusieurs d’entre eux. Pas facile ce boulot; des heures debout à cuisiner, faire la plonge, tout préparer, faire les commandes, servir le client tout ça à une vitesse folle sans prendre de repos ou que quelques minutes histoire d’aller griller une cigarette ou prendre une petite bouchée à la va-vite. Un monde à part, que l’on connait peu mais l’auteur sait parfaitement combler notre ignorance par ses descriptions si précises que l’on sent, à travers notre lecture, les odeurs de fritures mêlées à celles de détergents à vaisselle.

source:imagedunet.com

Mais ce travail où évolue Stéphane ne semble pas vraiment apaiser son obsession pour les machines de vidéo-poker et malgré l’aide de son ami et collègue de travail Bébert et celle de son cousin Malik, notre protagoniste vit au quotidien cette dépendance qui l’envahie de plus en plus.

''J’ai fixé l’écran, comme sur mes gardes. Encore une fois, je l’ai tapé du bout des doigts d’un coup rapide pour que la loterie ralentisse et s’arrête. Mes ongles ont fait un bruit sec sur l’écran. Les symboles ont commencé à se figer dans les cases, un à la fois. Les muscles de mon dos se sont crispés.''


source:radiocanada.ca

Difficile apprentissage pour le jeune homme pourtant passionné de musique, de lecture et surtout de dessin mais Stéphane est prisonnier de ses mensonges, ses magouilles et de ses dettes. Il est partagé entre le désir de se réhabiliter et cet attrait maladif du jeu.

Ce premier roman de Larue est riche en rebondissements et ne laisse aucunement indifférent (e). L’écriture est belle, détaillée et solide à la fois. Rien n’y est flou, tout y est juste même les côtés plus sombres de la vie du personnage principal. Un roman percutant dont l’histoire va me rester en mémoire longtemps.

Le plongeur, Stéphane Larue
Le Quartanier, 2016

jeudi 2 février 2017

Ajouts dans ma PAL...

Je dépose d'autres titres de romans et BD que je viens de mettre dans ma pile à lire. Je termine Les yeux tristes de mon camion de Serge Bouchard et je reviens déposer quelques billets de lectures terminées car j'ai déjà pris bien du retard!



Plon
Quand le bouleversement de l'Histoire répond aux bouleversements intimes : un éclairage poignant sur l'envers du rêve américain.
22 novembre 1963. La mère de Kip, 14 ans, et de Jeannie, 19 ans, trouve la mort dans un accident tragique. Quelques heures plus tard, le président Kennedy est assassiné. Pris dans la rencontre fortuite de leur drame familial et de l'Histoire, les deux adolescents sont laissés sans repères ...

Belfond
René Vasseur est une machine, un être au cuir épais qui a fait la guerre, qui a changé de nom. René Vasseur est un légionnaire. Après vingt ans d'absence, la haine au coeur, il revient dans son village natal, au fond d'une vallée industrielle dévastée par la crise. Peu à peu, surgissent les ombres du passé ...

Philip Rey
Chez Joyce Carol Oates, les aspects les plus triviaux de la vie quotidienne peuvent tourner au cauchemar. Ces onze nouvelles dérangeantes et inventives en offrent encore une fois la preuve, disséquant les sentiments et les actes de personnages aux prises avec un univers lisse en surface, mais toujours susceptible de basculer. 


Lemac
Rawdon, 1898. Reconnu coupable d’avoir battu à mort trois de ses sœurs et l’un de ses frères, Tom Nulty est pendu haut et court devant la population de Joliette. Trente ans plus tard, la fille de celle qui écrivait pour lui des lettres à une amoureuse exilée au Massachusetts est mise au fait de nouveaux éléments qui éclairent à rebours cette affaire sordide et les blessures profondes qui ont marqué la chair des survivants.


Casterman
Dans un village de la Nouvelle-Angleterre, chaque année, au mois de juin, on organise la Loterie, un rituel immuable, où il est moins question de ce que l'on gagne que de ce que l'on risque de perdre à jamais.

lundi 30 janvier 2017

Et si...

Et si on se disait je t'aime sans se demander pourquoi, 
sans chercher la cause; comme ça tout simplement
en toute humanité...
SueF

Logo: @ Jacques-Dominique Landry