samedi 12 août 2017

Le Tsar de Peshawar, Mario Bolduc


Saint-Pétersbourg, novembre 2006. À l'hôtel Volkova, sous les yeux de sa fille, Nadia, l'importateur Richard Rocheleau est honoré pour l'ensemble de sa carrière. Mais cette gloire tardive cache un passé trouble. Installé à la frontière de l'Afghanistan dans les années 1980, le « tsar de Peshawar » s'est retrouvé au cœur de la guerre menée par les moudjahidines contre l'envahisseur soviétique. Des fantômes de cette époque violente n'ont jamais cessé de le hanter, comme le découvrira bientôt Nadia, ce qui ravivera, pour elle aussi, de douloureux souvenirs…

Attentat du 9 septembre 2001, Al-Quida, radicalisation, magouilles et corruptions tant politiques que commerciales, Oussama Ben Laden, soldats américains et russes, rebelles afghans c’est tout un mélange explosif mêlant thriller géopolitique, suspens et saga familiale que nous offre Mario Bolduc.

Tous ces événements se déroulent sur quarante ans, de la fin des années soixante et dix jusqu’en 201. Du Québec au Moyen-Orient en passant par les États-Unis et quelques escales en Russie. Sous la narration de Nadia on suit les pas d’une famille prise entre les magouilles d’un père importateur (Richard), le snobisme et les envies d’une femme (Joan) qui n’a de yeux que pour la réussite de son homme et Samuel, (fils de Nadia), qui va se convertir et rejoindre les islamiques radicaux. Bref, laissez-moi vous dire qu’il s’en passe des choses tout au long de ce roman.

En fait il s’en passe tellement que j’avoue que j’ai eu un peu de mal à me retrouver à travers toutes les péripéties que vivent les protagonistes. L’action ne fait pas défaut dans cette histoire et, bien que personnellement, j’ai dû reprendre mon souffle à quelques reprises, malgré tout, le suspens m’a tenue en haleine jusqu’à la toute fin.

Bien sûr il faut aimer ce genre de roman qui axe leur intrigue sur des conflits politiques, financiers et même joue sur les idéologies. Mais faut dire aussi que si vous vous intéressez à ce genre de thriller politique, bien vous allez être servi e)s car Mario Bolduc sait très bien mêler la fiction et la réalité.

On sent vraiment que l’auteur connait son sujet et j’avoue que par la vivacité de sa plume, il a réussi à m’entraîner à travers cette histoire complexe oui, mais captivante. Habile cet écrivain au point que je veux lire ses autres écrits et ce sans trop tarder.

Le Tsar de Peshawar, Mario Bolduc
Libre Expression, 2017


Merci aux éditions Libre expression et à Marie-Josée Martel pour l'envoi.

lundi 24 juillet 2017

Au fond de l’eau, Paula Hawkins

La veille de sa mort, Nel a appelé sa sœur, Julia. Qui n'a pas voulu lui répondre. Alors que le corps de Nel vient d'être retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, leur ville natale, Julia est effrayée à l'idée de revenir sur les lieux de son enfance. De quoi a-t-elle le plus peur ? D'affronter le prétendu suicide de sa sœur ? De s'occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu'elle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu'elle a toujours fui ? Plus que tout encore, c'est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent.

Contrairement à bien des lecteurs/lectrices, je découvre l’écriture de Paula Hawkins non par son très populaire et adulé premier roman La fille du train mais par son second livre: un thriller psychologique dans lequel on croise de nombreux personnages tous différents les uns des autres et qui se rejoignent pour former un tout au fil de cette histoire remplie de secrets et de mystères.

Et laissez-moi vous dire que dans ce roman choral, il y en a des non-dits, des secrets et des mensonges à travers lesquels la vérité tente d’émerger parmi les points de vue de plusieurs narrateurs dont les voix défilent en alternance chapitre après chapitre mais parmi toutes ces voix, celles de Julia (Jules), Nel et Lena prédominent quant à la compréhension de toute cette histoire.

 Parlons-en de cette histoire dont le point de mire est une rivière dans laquelle un nombre impressionnant de femmes sont mortes noyées au fil du temps soit par meurtres, suicides ou accidents. Et la dernière victime est Nel que les eaux ont emportée mystérieusement. Cette mort par noyade, comme plusieurs avant elle, a déposé dans le cœur des habitants de Beckford, non seulement du chagrin mais aussi de l’incompréhension et pour certains de ceux-ci, des interrogations et le désir de savoir enfin ce qui est réellement arrivé.

Un excellent thriller comme j’aime en lire et même si au début j’ai eu quelques réticences concernant la lenteur de l’intrigue à s’installer, j’avoue bien honnêtement m’être laissée prendre par le talent de l’auteure qui, en prenant le temps de bien développer la psychologie de chacun des protagonistes, a construit une très bonne histoire à l’atmosphère trouble et très prenante à la conclusion surprenante.

À lire vraiment.

Au fond de l’eau, Paula Hawkins 
Sonatine Éditions, 2017

mardi 18 juillet 2017

Le livre noir des Hells Angels

Qui d’entre nous n’a jamais entendu parler des Hells Angels, bande de motards criminalisés sévissant autant au Canada, qu’aux États-Unis ou encore dans quelques partie d’Europe? Avant les opérations Carcajou, Printemps 2001 et SharQc, ce groupe de motards était devenu l’ennemi public numéro 1 de toutes les escouades policières québécoises et canadiennes.

Mais suite à ces opérations et aidés par quelques anciens membres devenus délateurs, les forces policières ont pu mettre sous verrous un bon nombre de ces criminels. Cependant, plusieurs vices de forme, longueurs dans les procédures judiciaires, preuves insuffisantes certains condamnés ont vu leurs peines être considérablement réduites et même pour quelques-uns; complètement effacées.
Donc, malgré une loi antigang, malgré les saisies et le travail acharné des enquêteurs, au moment de mettre sous presse ce Livre noir des Hells Angels la plupart des motards arrêtés sont déjà en liberté et ont le loisir de reprendre leurs activités illicites et ce principalement au Québec.

Revivrons-nous à nouveau une escalade de violence semblable à celle que cet essai nous démontre page après page? Ce document est très dense et comprend des témoignages (autant des enquêteurs que des délateurs), des photos montrant des saisies de drogue, l’arsenal des motards, quelques-uns de leurs repères, des scènes de meurtres (certaines très sanglantes), des visages triomphants, rieurs d’hommes s’amusant dans des soirées bien arrosées en oubliant que l’après-midi même certains d’entre eux avaient commis des meurtres.

Une réelle immersion dans les coulisses d’un empire secret où trafic de drogue, corruption, rackets, meurtres font bon ménage au détriment d’une société qui se ferme les yeux par peur de représailles. Ce livre noir des Hells Angels est non seulement un essai et un guide abondamment illustré sur cette bande de motards mais aussi un excellent ouvrage d’archives dont les faits s’échelonnent dès les débuts du club (chapitre québécois/canadiens) dans les années 70 jusqu'à aujourd’hui.
Un portrait saisissant et fort bien documenté sur une des pires sinon la pire bande de motards criminalisés au monde.

Le livre noir des Hells Angels, Collectif
Éditeur : Du Journal, 2017

samedi 15 juillet 2017

8 ans déjà!

8 ans déjà que Balades Entre les lignes a pris son envol!! Je n’en reviens tout simplement pas. 8 ans c’est pas mal surtout que le monde des blogues a vécu bien des changements depuis la grande popularité des réseaux sociaux. Mais Balades tient bon même si j’ai failli tout laisser tomber il y a un petit bout. Je ne sais pas trop pourquoi dans le fond car j’ai encore bien du plaisir à venir ici et à partager mes billets livresques avec vous.

Bon j’admets que depuis quelque temps je suis un peu moins présente, que j’ai pris du retard dans mes avis, que j’ai encore des trucs à faire dans le but d’améliorer ce petit coin afin que vos visites soient des plus agréables, mais je vais tout de même prendre le temps car, comme plusieurs d’entre vous m’avez dit :  trop de pression pas de plaisir.

8 ans ça fait un bail et depuis le tout début j’ai la chance et le privilège de votre présence, de votre amitié, de vos mots et je ne vous remercierai jamais assez d’être là, encore et encore, à prendre le temps de vos gentils coucous, de vos suggestions et échanges ici et sur Facebook également.
Merci pour ces huit années, merci pour maintenant et merci par avance pour celle(s) à venir.

dimanche 9 juillet 2017

L’Autre Jeanne, Marie Larocque

Montréal, 1988. Jeanne Fournier sort de centre d'accueil et rêve d'écriture et d'évasion. Sur un coup de tête, elle envoie un manuscrit autobiographique à une maison d'édition et s'enfuit en Europe, seule et sans bagage. Le mur de Berlin est encore debout, l'auto-stop est à la mode, les cellulaires et les réseaux sociaux n'existent pas : se couper du monde est encore possible.

Dans ce roman qui mêle le journal de voyage à un récit familial lucide et touchant, Marie Larocque nous entraîne à la rencontre d'une galerie de personnages étranges et attachants, parfois cruels, mais toujours humains et furieusement romanesques.

Bon ben me voilà à tenter d’écrire un billet sur ce petit bijou de livre et je n’y arrive pas. J’sais pas pourquoi d’ailleurs car il me semble qu’il y a tant à dire sur cette Jeanne, sur sa famille, sur ses voyages, ses envies, ses cris, ses silences, ses désirs de liberté mais surtout cette envie de se retrouver et d’apprendre qui elle est vraiment. Je voudrais pouvoir vous dire ce que cette lecture a été pour moi mais les mots ne viennent pas. Du moins pas comme je voudrais les écrire! Je n’y arrive pas parce que j’ai crainte bien plus d’en oublier des bouts que de trop vous en dévoiler.

Par contre, je suis au moins capable de souligner que j’ai vraiment beaucoup mais beaucoup aimé faire la rencontre de Jeanne. Quel beau et authentique personnage et quelle belle plume que celle de Marie Laroque! Une écriture au style coloré, une écriture pleine d’images qui m’ont fait voyager au côté d’une jeune femme qui laisse une bonne partie de sa jeune vie derrière elle afin de partir à la découverte du monde oui mais surtout de partir à la recherche de qui est l’autre Jeanne, celle qui se cache en elle.

Finalement j’ai quand même réussi à vous en dire un peu malgré ma ''panne'' de mots même que je n’hésite aucunement à vous en conseiller la lecture. Un excellent roman croyez-moi.

L’Autre Jeanne, Marie Larocque
VLB éditions 2017

vendredi 30 juin 2017

La cuisinière, Mary Beth Keane

Dès les premières lignes je me suis sentie attirée par l’histoire de cette Mary Mallon. Comme l’annonce le quatrième de couverture, Mary se découvre des talents de cuisinière et va exercer son métier chez des bien nantis newyorkais mais des membres  des familles pour qui elle travaille vont décéder après avoir contracté la typhoïde que Mary leur aurait transmise selon les autorités sanitaires.  Considérée comme dangereuse, Mary sera envoyée en quarantaine sur une île,  au large de Manhattan,  où elle devra subir maints examens.  Débute alors pour la cuisinière  un long périple pour faire valoir ses droits et se battre pour sa liberté.

Mary ne comprend pas ce qui lui arrive. Comment se fait-il qu’elle soit supposément dangereuse et contagieuse quand elle se sent parfaitement en santé? Il faut dire que la particularité de ‘’porteur sain’’ au début du vingtième siècle n’en était qu’à ses premiers pas et peu de médecins ne connaissaient ce fait de transmettre la maladie sans en développer les symptômes. Donc Mary Mallon aurait été le précurseur de cette découverte, du moins aux États-Unis.

J’ai bien aimé parcourir l’histoire de Mary et par le fait même celle de l’avancée médicale concernant ce cas de ''porteuse saine'' de la typhoïde mais j’avoue que l’entêtement de cette femme à constamment nier qu’elle propageait cette maladie m’a vraiment agacée et mise mal à l’aise au point que j’ai à peine ressenti de la sympathie pour le personnage sauf peut-être à quelques occasions. De plus il y a des longueurs notamment en ce qui a trait à la vie amoureuse de Mary avec son fameux Alfred. Passages qui, selon moi, n’ajoutent en rien à l’histoire sauf des soupirs d’ennui.

En revanche, outre les parties se rapportant à la maladie et à l’affrontement incessant entre les autorités médicales et l’héroïne,  le côté historique concernant les conditions très difficiles de l’époque, (habitats insalubres, emplois sous-payés, abus et intolérance envers les immigrés, le New York du début du 20ème siècle), est tout autant intéressant et permet d’oublier les irritants défauts qu’offre la partie fictive du roman.

Au final, malgré certaines longueurs, ce roman offre une lecture non dénuée d’intérêt soulevant quelques émotions mais aussi des questionnements et de l’incompréhension face à certains faits et actes. Bref, si vous aimez les romans mêlant fiction et réalité et tournant autour de la vie d’un personnage hors du commun, La cuisinière fera votre bonheur.


Mary Malone à l'hopital source: Wikipedia.org

Merci aux Éditions Éditions 10/18 et à Interforum Canada

La cuisinière,  Mary Beth Keane
10/18, 2016

vendredi 23 juin 2017

L’Affaire Isobel Vine, Tony Cavanaugh

Pour n’importe quel passant, les rues, les places, les jardins de Melbourne possèdent un charme certain. Pour Darian Richards, chacun de ces lieux évoque une planque, un trafic de drogue, un drame, un suicide, un meurtre. Lassé de voir son existence ainsi définie par le crime, [...] il a décidé, après seize ans à la tête de la brigade des homicides, de passer à autre chose.  […] Il accepte néanmoins de sortir de sa retraite par amitié pour le chef de la police qui lui demande de disculper son futur successeur, en proie à des rumeurs relatives à une ancienne affaire : en 1990, après une fête donnée chez elle, on a retrouvé le corps sans vie de la jeune Isobel Vine. Suicide, accident, meurtre ? L’enquête fut d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à cette soirée. Elle fut classée sans suite, mais le doute persiste sur ce qui s’est réellement passé.

Mais reprendre une enquête sur une affaire datant de plus de vingt-cinq ans ne se fera pas sans heurts surtout que d’anciens collègues semblent être en cause principalement le futur chef de police Nick Racine et trois autres policiers tous présents lors de la soirée où fut découvert le corps d’Isobel Vine.  L’enquêteur sera assisté par Maria Chastain, policière ambitieuse et aussi têtue et déterminée que Darian lui-même. Déjà que l’affaire n’est pas très jeune, nos deux acolytes auront également à surmonter plusieurs obstacles certains venant d’anciens coéquipiers ce qui ajoutera à la difficulté de résoudre enfin cette affaire.

Bien qu’au départ, le rythme soit un peu lent, l’intrigue prend de l’ampleur passée les premiers chapitres pour captiver de plus en plus jusqu’au point final. Tony Cavanaugh  n’hésite pas à nous mener à travers divers rebondissements peuplés de fausses pistes, de manipulations, dissimulations de preuve, policiers corrompus, abus de pouvoir et trafics de drogue.  L’auteur maîtrise bien son propos et l’atmosphère de doute qu’il a su fort bien installer suit tout autant le duo d’enquêteurs que le lecteur. C’est un des gros points forts de ce roman.
De plus, outre cette ambiance de suppositions, de personnages tous intéressants autant les secondaires que les principaux, les descriptions bien détaillées de différents quartiers de Melbourne apportent un cachet spécial et prolongent le plaisir de cette lecture.

Finalement, L’Affaire Isobel Vine est un excellent roman policier possédant tous les ingrédients nécessaires pour passer un très bon moment de lecture au point que je n’hésite aucunement à vous le suggérer.

L’Affaire Isobel Vine, Tony Cavanaugh
Sonatine éditions, 2017